Six ans pour sauver l'hôtel de ville incendié
Le 28 juin 2013, les Rochelais assistent avec stupeur à l'incendie de leur Hôtel de Ville. En quelques heures, l'un des monuments les plus emblématiques de la cité est gravement endommagé. Pendant six ans, un vaste chantier mobilisera architectes, artisans, compagnons et restaurateurs afin de redonner vie à ce bâtiment exceptionnel, siège du pouvoir municipal depuis plus de sept siècles.
Un monument au cœur de l'histoire rochelaise
L'Hôtel de Ville de La Rochelle occupe une place unique dans le patrimoine français. Siège de la municipalité depuis 1298, il est considéré comme le plus ancien hôtel de ville de France toujours affecté à cette fonction.
Classé Monument historique dès le 27 décembre 1861, il témoigne de plusieurs siècles d'évolution architecturale. Son enceinte fortifiée aux créneaux et aux pinacles relève du gothique flamboyant, tandis que le corps de logis présente un remarquable décor Renaissance. Au fil des siècles, il a traversé les guerres, le Grand Siège de 1627-1628, les bouleversements révolutionnaires et de nombreuses transformations sans jamais perdre son rôle central dans la vie de la cité.
Il faudra pourtant un incendie, en plein XXIᵉ siècle, pour mettre son existence en péril.
Le 28 juin 2013 : l'incendie
Le sinistre éclate alors même que des travaux de restauration des façades intérieures touchent à leur terme. Vers 13 h 45, une première alarme est déclenchée. Quelques minutes plus tard, une seconde alerte accompagne une coupure générale d'électricité. Très vite, une épaisse fumée envahit les combles.
L'incendie, dont l'origine est électrique, prend naissance au second étage, au-dessus de la grande salle. Malgré l'intervention rapide d'une soixantaine de sapeurs-pompiers, les flammes gagnent la charpente historique. Les opérations d'extinction se poursuivent jusqu'au lendemain matin.
Les dégâts sont considérables. La toiture et une grande partie de la charpente disparaissent dans les flammes. Le plafond de la salle d'apparat est éventré par l'effondrement des structures en bois. L'eau utilisée pour combattre l'incendie imprègne les planchers, les décors et les boiseries.
La chaleur provoque également une spectaculaire déformation de la façade de la grande galerie, qui se bombe vers la cour d'honneur. Sans l'échafaudage installé pour les travaux de restauration, celle-ci aurait pu s'effondrer.
Sauver les collections historiques
Pendant que les pompiers combattent le feu, une autre opération d'urgence se met en place : l'évacuation des œuvres et du mobilier historique.
Les équipes municipales et les secours parviennent notamment à sauver le célèbre cabinet de Jean Guiton, avec sa table de marbre blanc portant le célèbre éclat traditionnellement attribué au coup de poignard du maire de La Rochelle, ainsi que son fauteuil en cuir de Cordoue.
Le grand portrait d'Henri IV, peint par Charles Leneire d'après Frans Pourbus le Jeune, est, lui aussi, mis à l'abri, tout comme les trois tapisseries qui ornaient le cabinet de Jean Guiton et une copie du masque funéraire du souverain réalisée sous la Restauration.
Les archives contemporaines, installées sous les combles, subissent en revanche les conséquences directes du sinistre. Trempées par les eaux d'extinction et souillées par les fumées, elles sont rapidement prises en charge afin d'être séchées et restaurées. Les archives médiévales de la ville, quant à elles, avaient déjà disparu lors de l'incendie de la Chambre des comptes de La Rochelle en 1737.
Un chantier hors norme
Après plusieurs années consacrées à la sécurisation de l'édifice et aux études préalables, le véritable chantier de restauration débute en septembre 2016 sous la direction de Philippe Villeneuve, architecte en chef des Monuments historiques.
Durant les travaux, l'Hôtel de Ville disparaît sous un immense chapiteau métallique protégeant les vestiges des intempéries. Cette couverture provisoire permet aux artisans d'intervenir dans des conditions optimales.
Au total, vingt-six corps de métiers participent à cette reconstruction. Les tailleurs de pierre remplacent les éléments détruits en utilisant des pierres provenant notamment des carrières de Crazannes, de Vilhonneur et de Saint-Même. Les charpentiers reconstruisent les structures disparues, tandis que les couvreurs redonnent au monument sa silhouette d'origine.
Dans les espaces protégés au titre des Monuments historiques, comme la salle des Échevins ou le bureau du maire, le principe retenu est celui d'une restitution aussi fidèle que possible. Les restaurateurs s'appuient sur les relevés anciens, les photographies et les archives afin de retrouver les dispositions et les décors d'avant l'incendie.
Restaurer sans figer
La reconstruction ne consiste pas uniquement à remettre le bâtiment dans son état antérieur. Les parties non protégées offrent l'occasion d'adapter l'édifice aux besoins contemporains.
Les circulations sont repensées pour améliorer l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Les équipements techniques sont modernisés, tout en restant largement invisibles.
La transformation la plus spectaculaire concerne les combles. Autrefois occupés par des espaces techniques et des locaux d'archives, ils accueillent désormais une nouvelle salle du conseil municipal. Aménagée sous la nouvelle charpente, elle permet de réserver les salles historiques aux cérémonies et aux réceptions officielles.
Cette salle contemporaine conjugue architecture actuelle et respect du monument. Une vaste table en U accueille les élus, tandis que des gradins permettent au public d'assister aux séances du conseil municipal.
Six années de travaux
Le chantier connaît plusieurs étapes marquantes. En 2016, les interventions portent principalement sur la sécurisation du bâtiment et l'évacuation des éléments effondrés. L'année 2017 voit le début de la reconstruction de la charpente et de la taille des nouvelles pierres.
En 2018, la couverture en ardoise est reposée et le spectaculaire chapiteau métallique est finalement démonté, révélant progressivement le monument restauré.
En mai 2019, la grande grue de chantier est retirée, signe que les travaux structurels touchent à leur terme. Quelques mois plus tard, en décembre 2019, l'Hôtel de Ville rouvre officiellement ses portes au public après six années de fermeture.
Une renaissance pour tout un patrimoine
Au-delà de la restauration d'un bâtiment, ce chantier a permis de préserver un symbole majeur de l'identité rochelaise. L'émotion suscitée par l'incendie de 2013 s'est transformée en un vaste mouvement de solidarité. Collectivités, entreprises, mécènes, artisans et habitants se sont mobilisés pour permettre la renaissance de leur Hôtel de Ville.
Lors de sa réouverture, en décembre 2019, les Rochelais retrouvent un monument fidèle à son histoire mais adapté aux exigences actuelles, sept siècles après son installation au cœur de la cité.
