Royan : les fauves meurent dans l'incendie du Champ de Foire

Le 10 août 1893, en pleine saison estivale, Royan est frappée par l'une des catastrophes les plus spectaculaires de son histoire. En quelques minutes seulement, un gigantesque incendie transforme le champ de foire de la ville en un immense brasier. Baraques, théâtres ambulants, manèges et ménagerie sont engloutis par les flammes sous les yeux d'une foule terrorisée.


Une belle journée qui vire au cauchemar

Ce jeudi d'août s'annonçait pourtant comme une journée prospère pour les forains installés sur le champ de foire de Royan. Les vacanciers affluent dans la station balnéaire, les spectacles de l'après-midi se préparent, et les recettes promettent d'être excellentes.

Vers une heure et demie de l'après-midi, le drame éclate. À proximité du champ de foire, dans la rue des Tilleuls, la scierie Pinaud prend feu. Très rapidement, les flammes gagnent en intensité. Attisées par le vent, des flammèches sont projetées vers les installations foraines voisines.

Quelques instants suffisent pour que l'incendie se propage. Les baraques en bois, les toiles tendues des chapiteaux, les décors de théâtre et les roulottes constituent un combustible idéal. Bientôt, c'est tout le champ de foire qui s'embrase.

Une lutte désespérée contre les flammes

Les témoignages de l'époque décrivent une scène de panique absolue. Les forains tentent de sauver ce qu'ils peuvent. Certains cherchent à démonter leur matériel, d'autres essaient d'atteler des chevaux aux roulottes pour les éloigner du danger. Les cris des femmes et des enfants se mêlent à ceux des hommes qui s'efforcent de lutter contre l'incendie.

Mais Royan ne dispose alors que de moyens de secours extrêmement limités. Les pompiers ne possèdent que quelques pompes à bras. L'eau manque. On improvise des chaînes humaines avec de petits seaux pour aller puiser l'eau de mer et la transporter jusqu'au brasier.

L'effort est vain. Les flammes avancent beaucoup plus vite que les secours.

La tragédie de la ménagerie Pezon

Parmi les attractions présentes sur le champ de foire se trouve la célèbre ménagerie d'Edmond Pezon. C'est là que se déroule la partie la plus dramatique du sinistre. Lorsque le feu atteint les cages, des rugissements terrifiants résonnent au milieu du vacarme des flammes. Les témoins racontent avoir entendu les cris des animaux pris au piège dans les wagons-cages.

Quelques fauves parviennent à s'échapper momentanément à travers les structures en feu, provoquant une nouvelle panique parmi la population. Les habitants et les forains craignent de voir surgir lions, tigres ou panthères au milieu de la foule. La plupart des animaux ne survivent cependant pas longtemps.

Parmi les pertes figurent le célèbre lion Néron, plusieurs lions de l'Atlas, des tigres royaux, des ours blancs du Spitzberg, des ours noirs de l'Inde, ainsi qu'une jeune panthère de Kabylie baptisée Alice. Singes, oiseaux exotiques, boas et autres animaux disparaissent également dans l'incendie. La ménagerie est entièrement détruite.

Le cirque Chabot et les attractions anéantis

Le sinistre ne se limite pas à la ménagerie. Le cirque Chabot est consumé par les flammes. Le théâtre Pietro-Bono disparaît pareillement, tout comme les manèges de chevaux de bois, les musées forains et de nombreuses petites baraques appartenant à des exploitants modestes.

Pour beaucoup d'entre eux, la catastrophe représente la ruine totale. Contrairement aux grands établissements ambulants, souvent assurés, la plupart des petits forains ne disposent d'aucune couverture contre ce type de sinistre. En quelques minutes, ils perdent leur outil de travail et leur unique source de revenus.

Des pertes immenses, mais aucune victime humaine

Le bilan matériel est considérable. Les journaux de l'époque évoquent des pertes atteignant plusieurs centaines de milliers de francs pour la seule ménagerie Pezon. Les animaux, dont certains avaient été acquis à prix d'or, ne sont généralement pas assurés.

Par miracle, aucune victime humaine n'est à déplorer. Dans un contexte où les incendies de ce genre provoquent souvent de nombreux morts, cette absence de pertes humaines apparaît comme une véritable chance.

La solidarité royannaise s'organise

Face à l'ampleur du désastre, la ville réagit rapidement. Le conseil municipal met une aide financière à disposition des sinistrés. Une souscription publique est ouverte afin de recueillir des fonds. Le casino de Royan organise même une représentation au profit des victimes. Cette mobilisation témoigne de la solidarité qui unit alors les habitants de la station balnéaire aux communautés foraines durement touchées.

Aujourd'hui largement oublié, l'incendie du 10 août 1893 demeure pourtant l'une des catastrophes les plus spectaculaires qu'ait connues Royan avant les destructions de la Seconde Guerre mondiale. Pendant plusieurs heures, la ville assiste impuissante à la disparition d'un univers entier : celui des foires ambulantes, des cirques, des ménageries et des spectacles populaires qui animaient les étés royannais de la Belle Époque.

Le site ainsi libéré de ses occupants accueillera, deux ans plus tard, l'immense casino municipal de Royan, le plus grand de France, qui sera détruit par les bombardements de 1945.

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