Quand les Charentes étaient wisigothes

 Lorsque l'on évoque l'histoire ancienne des Charentes, on pense souvent aux Gaulois, aux Romains ou encore aux Francs de Clovis. Pourtant, pendant près d'un siècle, les territoires correspondant aujourd'hui à la Charente et à la Charente-Maritime ont appartenu à un royaume dont le centre politique se trouvait à Toulouse : le royaume des Wisigoths.

Cette période, qui s'étend approximativement de 412 à 507, a profondément marqué le sud-ouest de la Gaule à la fin de l'Antiquité.


L'arrivée des Wisigoths en Aquitaine

Les Wisigoths sont un peuple germanique qui a longtemps entretenu des relations complexes avec l'Empire romain. Après avoir traversé les Balkans puis l'Italie, ils entrent dans l'histoire de façon spectaculaire en pillant Rome en 410 sous la conduite d'Alaric.

Deux ans plus tard, en 412, ils franchissent les Alpes et s'installent progressivement dans le sud-ouest de la Gaule. À cette époque, les territoires des actuelles Charentes appartiennent à la province romaine d'Aquitaine Seconde. Celle-ci comprend notamment les cités des Santons, autour de Saintes, et des Écolisimiens, autour d'Angoulême.

Les Wisigoths prennent alors le contrôle de cette région stratégique, riche en terres agricoles, et traversée par d'importantes voies de communication.

Le traité de 418 et la naissance du royaume de Toulouse

En 418, l'empereur d'Occident conclut avec les Wisigoths un accord appelé fœdus. Ce traité leur accorde officiellement des territoires en Aquitaine en échange de leur aide militaire.

Cet événement marque la naissance du royaume wisigoth de Toulouse.

Pour les habitants des cités de Saintes et d'Angoulême, le changement est considérable. Ils demeurent héritiers de la civilisation romaine, mais vivent désormais sous l'autorité d'une aristocratie guerrière d'origine germanique. Les institutions romaines continuent cependant de fonctionner dans une large mesure, tandis que les élites gallo-romaines conservent souvent leur influence locale.

Les Charentes au cœur du royaume wisigoth

Contrairement à une idée parfois répandue, les Charentes ne constituent pas une périphérie du royaume. Elles se trouvent au contraire au sein de son noyau historique.

Le royaume wisigoth s'étend alors entre la Loire et la Garonne. Toulouse en est la capitale, mais Saintes et Angoulême occupent une position importante sur les routes reliant l'Atlantique à l'intérieur des terres.

Sous le règne d'Alaric II et surtout sous celui d'Euric (466-484), le royaume connaît une phase d'expansion. Euric profite de l'affaiblissement de l'Empire romain d'Occident pour affirmer son indépendance. Le traité de 418 cesse progressivement d'avoir une réelle valeur politique et le royaume devient de fait totalement autonome.

À la fin du Vᵉ siècle, les Wisigoths contrôlent un immense territoire qui s'étend de la Loire jusqu'à la péninsule Ibérique.


Une société entre héritage romain et traditions germaniques

Durant cette période, les habitants des Charentes ne voient pas disparaître brutalement le monde romain.

Les villes de Saintes et d'Angoulême conservent leurs remparts, leurs monuments et leurs administrations locales. Le latin reste la langue de l'administration, de la culture et de l'Église. Les évêques jouent un rôle croissant dans la vie publique.

Les Wisigoths représentent essentiellement une élite militaire dirigeante. Avec le temps, ils s'intègrent petit à petit à la société gallo-romaine. Les échanges culturels sont nombreux, même si des différences religieuses subsistent : la majorité des Wisigoths pratiquent alors le christianisme arien, tandis que les populations gallo-romaines sont majoritairement catholiques.

507 : la bataille qui change le destin des Charentes

Le destin du royaume bascule au printemps 507.

Le roi des Francs, Clovis Iᵉʳ, lance une grande offensive contre les Wisigoths. Les deux armées se rencontrent près de Poitiers, lors de la célèbre bataille de Vouillé.

L'affrontement tourne à la catastrophe pour les Wisigoths. Leur roi, Alaric II, est tué au combat et l'armée est écrasée.

Cette défaite entraîne l'effondrement de la domination wisigothe en Gaule. Les territoires situés au nord des Pyrénées, dont les Charentes, passent rapidement sous contrôle franc.

Les Wisigoths se replient vers leurs possessions méridionales, conservant l'Hispanie ainsi que la Septimanie, autour de Narbonne. Leur royaume survivra encore plus de deux siècles en Espagne.

Une période souvent oubliée

La domination wisigothe des Charentes n'a duré qu'environ quatre-vingt-dix ans, mais elle correspond à une époque charnière entre l'Antiquité romaine et le Moyen Âge.

Pendant cette période, Saintes et Angoulême ont appartenu à l'un des plus puissants royaumes d'Occident. Les Wisigoths ont contribué à façonner un monde nouveau, où les traditions romaines, chrétiennes et germaniques se mêlaient progressivement.

Aujourd'hui encore, cette page d'histoire reste moins connue que la conquête romaine ou l'épopée de Clovis. Pourtant, durant près d'un siècle, les habitants des futures Charente et Charente-Maritime vécurent sous l'autorité des rois wisigoths de Toulouse, bien avant de devenir sujets des rois francs.

De rares traces

Bien que les Wisigoths aient dominé l'Aquitaine pendant près d'un siècle (418-507), les traces matérielles de leur passage sont relativement rares, car ils constituaient une minorité numérique, estimée à environ 200 000 personnes pour l'ensemble du royaume, et se sont rapidement acculturés aux populations gallo-romaines locales.

Les principales traces architecturales et artistiques se situent à Toulouse, qui fut la capitale du royaume wisigoth pendant sa période aquitaine. Des fouilles archéologiques ont mis au jour les fondations et un long mur de ce qui est considéré comme le palais des rois wisigoths, situé à proximité de l'actuelle église de la Daurade, de laquelle subsistent des colonnes sculptées et des fragments de mosaïques à fond d'or datant du Vᵉ siècle.

L'influence wisigothe a survécu plus durablement à travers les institutions. Alaric II a promulgué à Aire-sur-l'Adour le Bréviaire d'Alaric (506), un code de lois destiné à ses sujets gallo-romains qui a influencé le droit médiéval.

Certaines traces subsistent dans les noms de lieux et les noms de famille de racines germaniques ou gotiques dans la région.

Enfin, il est à noter que l'installation des Wisigoths en Aquitaine s'est faite par le système de l'hospitalitas, les Goths recevant une partie des terres ou des revenus fiscaux, ce qui a favorisé une cohabitation avec l'aristocratie gallo-romaine plutôt qu'une rupture brutale avec la culture antique.

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