Émile Richard, le jeune Angérien disparu avec le Titanic

Le naufrage du Titanic, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, demeure l'une des catastrophes maritimes les plus célèbres de l'histoire. Derrière les chiffres des victimes se cachent pourtant des destins individuels qui touchèrent jusqu'aux petites villes françaises. À Saint-Jean-d'Angély, la disparition d'Émile Richard provoqua une vive émotion. Le jeune homme appartenait à une famille de bijoutiers-horlogers bien connue de la ville, mais son avenir se dessinait dans un tout autre secteur : le commerce des eaux-de-vie.

La famille Richard occupait depuis longtemps une place importante dans la vie commerçante angérienne. Elle exploitait une horlogerie-bijouterie réputée, installée place du Pilori. Après le décès de M. Richard, le père d'Émile, la maison était dirigée par sa veuve. Quelques jours après le naufrage du Titanic, celle-ci fit d'ailleurs publier un avis dans L'Union nationale afin de rassurer sa clientèle. Malgré les épreuves qui frappaient sa famille, elle annonçait poursuivre l'exploitation du magasin, précisant que les travaux de réparation continueraient d'être assurés par un ouvrier attaché à l'établissement.

Si Émile était l'héritier de cette famille de commerçants, son activité professionnelle l'avait conduit dans une autre direction. Il travaillait pour la maison Philippe Richard et Cie, entreprise spécialisée dans le commerce des eaux-de-vie. Cette société entretenait des relations commerciales suivies avec le Canada, où les cognacs et spiritueux saintongeais trouvaient d'importants débouchés.

Le jeune homme participait directement au développement de cette activité. Son voyage transatlantique n'avait rien d'un déplacement d'agrément. Il se rendait à Montréal afin de rejoindre le comptoir commercial dirigé par son oncle. Sa mission consistait à contribuer au développement de ce négoce entre la Saintonge et le Canada, illustrant l'importance des réseaux commerciaux que les maisons angériennes avaient su tisser outre-Atlantique au début du XXᵉ siècle.

Le Titanic devait lui permettre de traverser l'Atlantique dans les meilleures conditions. Le plus grand paquebot du monde effectuait son voyage inaugural lorsqu'il heurta un iceberg dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Plus de 1 500 personnes périrent dans la catastrophe.

Comme partout en France, les nouvelles arrivèrent lentement à Saint-Jean-d'Angély. Les familles suivirent avec angoisse la publication des listes de survivants débarqués à New York par le Carpathia. Le 20 avril, L'Union nationale constata qu'Émile Richard ne figurait pas parmi les rescapés connus. Malgré cette absence, un espoir subsista encore plusieurs jours, les informations demeurant incomplètes et parfois contradictoires.

Le 25 avril 1912, la presse locale dut cependant se rendre à l'évidence. Aucune nouvelle n'étant venue infirmer les premières informations, le décès du jeune Angérien fut considéré comme certain. La ville venait de perdre l'un de ses enfants dans une catastrophe qui bouleversait le monde entier.

La disparition d'Émile Richard rappelle combien les échanges entre la Saintonge et le Canada étaient déjà étroits au début du XXᵉ siècle. Les maisons de négoce locales ne se contentaient pas d'expédier leurs produits : elles installaient des représentants outre-Atlantique afin d'y développer leurs marchés.

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