L'incendie de la gare de Pons en 1878
Dans la nuit du 21 au 22 décembre 1878, la gare de Pons est le théâtre d'un spectaculaire incendie qui mobilise toute la ville, les sapeurs-pompiers, les gendarmes et même un détachement de cent soldats venus de Saintes.
Les premières dépêches télégraphiques annoncent la destruction complète de la gare. Quelques jours plus tard, les témoignages permettent toutefois d'établir un bilan plus nuancé : si les dégâts sont considérables, le bâtiment est finalement sauvé de la ruine totale.
Une nuit d'alerte
L'incendie éclate le samedi 21 décembre 1878, entre 10 h 30 et 11 heures du soir. Selon les récits publiés dans la presse régionale, un employé de service, sorti quelques instants de son bureau, aperçoit soudain une gerbe de flammes jaillissant de la toiture. Il donne immédiatement l'alarme.
Très rapidement, les habitants de Pons affluent vers la gare. Les sapeurs-pompiers de la ville, commandés par leur capitaine Polydore Baudouin, sont les premiers à organiser les secours. Les gendarmes participent également aux opérations tandis que les employés de la compagnie ferroviaire s'efforcent de limiter la propagation du feu.
L'importance du sinistre conduit les autorités militaires à intervenir. Dès les premières nouvelles, le colonel du 6ᵉ régiment de ligne, stationné à Saintes, met cent soldats à la disposition des secours. Un train spécial les transporte jusqu'à Pons, où ils arrivent dans la nuit pour prêter main-forte aux sauveteurs.
Des premières informations alarmantes
Les dépêches télégraphiques diffusées dès le 24 décembre sont particulièrement pessimistes. Plusieurs journaux annoncent sans autre précision que « la gare de Pons a été détruite par un incendie ». L'Indépendant de la Charente-Inférieure affirme même que seuls les murs sont restés debout et que le buffet n'a été sauvé que grâce à la petite ruelle qui le séparait du bâtiment principal. Le journal évoque alors une origine supposée dans les greniers.
Ces premiers récits reflètent surtout la confusion des heures qui suivent le sinistre. Comme le feront remarquer quelques jours plus tard Les Tablettes des Deux-Charentes, « pour vouloir être concis, le télégraphe ne dit pas toujours exactement les choses ».
Un bilan moins dramatique
Les informations recueillies dans les jours suivants permettent d'établir un état des lieux plus précis. En réalité, le feu détruit entièrement la toiture ainsi que le deuxième étage de la gare. Les étages inférieurs subissent d'importants dégâts dus à l'eau et aux fumées, mais les flammes ne parviennent pas à les ravager.
La presse attribue ce sauvetage à plusieurs facteurs. La charpente métallique du premier étage et le plancher carrelé constituent une barrière efficace contre la propagation de l'incendie. Surtout, la rapidité des secours empêche les flammes de gagner l'ensemble de l'édifice.
À quatre heures du matin, le dimanche 22 décembre, le feu est complètement maîtrisé. Malgré l'ampleur du sinistre, la circulation ferroviaire n'est pas interrompue.
Quatre vies sauvées
L'épisode le plus dramatique concerne les logements aménagés au deuxième étage de la gare. Un facteur, son épouse et leurs deux enfants y dorment profondément lorsque l'incendie éclate. Sans la vigilance de l'employé qui découvre les premières flammes et donne immédiatement l'alerte, toute la famille aurait probablement péri.
Réveillés au dernier moment, les quatre occupants n'ont que le temps de fuir en chemise avant que les flammes n'envahissent leur logement. Ils échappent à la mort, mais perdent la totalité de leur mobilier.
D'autres agents de la gare, également logés dans le bâtiment, voient leurs biens entièrement détruits. La presse souligne qu'aucun d'eux n'était assuré et exprime l'espoir que l'administration des chemins de fer leur accordera une indemnisation.
Une origine finalement identifiée
Les premières hypothèses faisaient remonter le départ du feu aux greniers. Les investigations menées après le sinistre conduisent toutefois à une explication différente.
Selon les journaux les mieux informés, l'incendie serait né d'un défaut de construction au niveau du calorifère qui chauffait le bâtiment. Le tuyau, brisé ou mal installé près de la toiture, aurait laissé s'échapper des étincelles au contact de la charpente en bois et des soliveaux. Les flammes se seraient alors propagées rapidement sous les combles avant de gagner tout le deuxième étage.
Le courage récompensé
Les journaux rendent unanimement hommage au sang-froid des employés de la gare, au dévouement de la population de Pons, aux gendarmes, aux soldats venus de Saintes et surtout aux sapeurs-pompiers.
L'action de leur capitaine, Polydore Baudouin, est particulièrement remarquée. Grâce à la direction énergique des opérations, le feu est contenu avant de consumer entièrement le bâtiment.
Cette conduite exemplaire reçoit une reconnaissance officielle quelques mois plus tard. Le Journal officiel de la République française du 14 mars 1879 annonce que Polydore Baudouin, capitaine des sapeurs-pompiers de Pons, reçoit une médaille d'honneur de deuxième classe. Le rapport approuvé par le président de la République souligne que « grâce à son courage et à l'habileté de ses manœuvres », il a préservé la gare de Pons d'une destruction totale.
